Manipulation de l’opinion publique. D’après le dictionnaire, il s’agit de « la création d’une image positive ou négative à l’égard de quelque chose ou de quelqu’un ». Dans le cas présent, cette image est extrêmement négative. Je parle d’ici des informations données par les grandes agences de presse occidentales sur un incident qui a eu lieu dans la ville chinoise de Tonghua, où l’un des managers d’une aciérie a été tué.
Sous le titre : « Des milliers de sidérurgistes chinois aux prises avec la police antiémeute », Reuters rapporte, le 26 juillet : « Quelque 30.000 sidérurgistes en colère de l’usine Tonghua Iron and Steel ont affronté la police antiémeute. Il en est résulté la mort d’un manager. Une centaine d’ouvriers ont été blessés. »
Le même jour, l’agence de presse AFP titrait : « Groupe des droits de l’homme : 30.000 ouvriers sidérurgistes en viennent aux mains. » L’article débute comme suit : « Quelque 30.000 ouvriers sidérurgistes chinois en sont venus aux mains avec la police. Ils sont furieux de la fusion de leur aciérie avec une autre société. Ils ont frappé un manager à mort, affirme un groupe des droits de l’homme de Hong Kong. Une centaine de personnes ont également été blessées, ajoute le Centre d’information pour les droits de l’homme et la démocratie dans une déclaration. »
L’agence de presse Associated Press titre également, le 26 juillet : « Groupe des droits de l’homme : 30.000 sidérurgistes aux prises avec la police – un directeur battu à mort. » On peut encore lire : « Vendredi, dans la ville de Tonghua, dans le Nord du pays, plusieurs centaines de personnes ont été blessées dans des heurts avec la police, affirme dans un fax le Centre pour les droits de l’homme et la démocratie de Hong Kong. Des travailleurs en colère s’en sont pris au manager Chen Guojun et l’ont battu à mort. »
Sur son site, le 26 juillet également, le Financial Times écrit : « L’émeute violente dans le nord-est de la Chine, qui impliquait 30.000 travailleurs, prouve une fois de plus l’agitation incessante due au licenciements dans les entreprises d’État issues d’industries en consolidation. »
On peut encore lire des infos similaires dans la plupart des journaux occidentaux. En gros, voilà donc les données du problème :
- plus de 30.000 ouvriers sidérurgistes en colère,
- plus de 1.000 agents en armes,
- entre cent et plusieurs centaines de blessés,
- un manager tabassé à mort,
- des troubles importants lors des licenciements dans les entreprises d’État
La situation n’a pas l’air très rassurante, en Chine, c’est sûr. 30.000 ouvriers aux prises avec au moins un millier d’agents armés ! Des centaines de blessés ! Et tout cela, dans une seule ville, en sachant que, partout, il existe une grande agitation en raison des licenciements. Il s’en faut de peu pour qu’il s’y fomente carrément une insurrection populaire. Du moins, s’il faut en croire les agences de presse occidentales…
Petite question, ici : d’où viennent ces informations ? Réponse : d’une seule source : le Centre d’information pour les droits de l’homme et la démocratie (ICHRD) à Hong Kong, qui, selon beaucoup (par exemple : http://en.wikipedia.org/wiki/Information_Centre_for_Human_Rights_and_Dem...) est gérée depuis un appartement par un seul homme, Frank Lu Siqing. Cet appartement est situé à environ 5.000 kilomètres de la ville de Tonghua, où les faits se sont déroulés. Depuis ce même appartement, Frank Lu Siqing a envoyé un fax aux agences de presse. Imaginez que, depuis mon appartement, j’envoie dans le monde entier un fax sur un incident qui s’est produit au Burkina, à 5.000 et quelques kilomètres d’ici. Croyez-vous que les agences de presse vont reprendre ce fax et le diffuser dans le monde entier ? Et, mieux encore, sans même se donner la peine de contrôler l’information ?
En outre, le centre de Frank Lu Siqing n’est pas au-dessus de tout soupçon. L’an dernier, il a diffusé des fax sur trois présumés terroristes yi qui voulaient détourner un avion et l’obliger à s’écraser sur le village olympique de Beijing. Il s’était agi alors d’une manipulation de l’opinion publique. Plus tard, il s’est avéré qu’il s’agissait de trois vulgaires malfrats désireux de faire un coup à l’aéroport.
L’ICHRD dit sur son site Internet (http://www.hkhkhk.com/english/indexen.html) qu’il fait volontiers appel à Radio Free Asia et Voice of America, deux émetteurs de propagande du gouvernement américain.
Frank Lu Siqing prétend disposer de 5.000 informateurs disséminés à travers toute la Chine. Comment un seul homme peut-il accompagner 5.000 informateurs et contrôler leurs informations ? La chose n’est pas expliquée.
Les médias chinois publient une toute autre version des faits. Il y est dit qu’il est d’abord impossible de rassembler 30.000 sidérurgistes en colère alors que l’usine n’en emploie que 13.000. Les médias chinois disent que 1.000 ouvriers sidérurgistes, tout au plus, se sont mis en colère quand le directeur général leur a dit sans détour que la plupart d’entre eux allaient perdre leur emploi après que l’usine aurait été reprise par une firme privée de Beijing qui, depuis 2005 déjà, en possède 49 pour cent des parts. Cette communication a eu lieu à l’extérieur, sur un terrain de l’usine. Après les provocations du directeur, un petit groupe d’ouvriers s’est précipité dans l’usine et a essayé de mettre la production à l’arrêt. Quelques hommes ont voulu attraper le directeur, mais celui-ci s’est enfui vers le réfectoire. Là, il a été coincé. Le petit groupe d’ouvriers l’a tabassé, même après qu’il eut perdu conscience. D’autres ouvriers gardaient et bloquaient les voies d’accès à l’usine, de sorte que l’ambulance n’a pu se rendre immédiatement sur les lieux. Huit heures plus tard, le manager décédait.
Relativement peu de temps après le début des protestations, des représentants des autorités provinciales ont été sur place. Ils ont assuré les travailleurs qu’en cas de reprise, celle-ci n’aurait de l’effet que sur l’emploi des cadres du management.
Il convient de se poser nombre de questions sur la façon dont les ouvriers de l’usine ont été concernés par une éventuelle fusion de leur entreprise avec le groupe de Beijing. Nous ne savons pas si la chose a vraiment eu lieu et dans quelle mesure ; et nous ne savons pas non plus si on a pris des mesures – et si oui, lesquelles ? – de protection du statut et de l’emploi des ouvriers. Ce que nous savons, par contre, c’est que les agences de presse occidentales s’y prennent d’une façon particulièrement nonchalante avec les faits quand il s’agit de présenter la Chine sous un mauvais jour. Nous nous demandons s’il existe un lien entre cette attitude constante et le fait que la Chine fait d’autres choix de société et qu’elle suit une autre politique internationale que l’Occident.
C'est vrai, trois jours après les faits, la plupart des agences de presse ont également diffusé les informations des médias chinois. Mais, à ce moment, le poison avait déjà fait son chemin dans les cerveaux des lecteurs.
L’article ci-dessus a été rédigé par Peter Franssen, rédacteur de www.infochina.be, le 28 juillet 2009.