D’ici quelques jours débuteront les travaux de construction de l’éco-ville de Tianjin. Les Chinois veulent bâtir une nouvelle ville, très respectueuse de l’environnement, et qui accueillera 350.000 habitants. Cette éco-ville n’a rien d’un cas isolé. Dans ses projets et expérimentations, la Chine cherche la façon la plus efficace de limiter le contrecoup de l’urbanisation sur l’environnement.
Tianjin est déjà une ville industrielle située au nord-est de la Chine, à quelque 130 kilomètres de Beijing. La nouvelle ville sera construite à une quarantaine de kilomètres au sud de Tianjin, à proximité de la mer. « Eco-Tianjin » (elle n’a pas encore reçu de nom officiel) s’étendra sur 30 km². Un premier quartier, de 4 km², sera prêt en 2011.
Pour la construction de la ville, la Chine va collaborer intensément avec Singapour. Via l’échange de leurs expériences existantes, les deux pays espèrent élaborer de nouvelles méthodes encore plus respectueuses de l’environnement. La nouvelle ville servira de prototype à d’autres villes nouvelles.
La Chine traverse une phase d’urbanisation rapide. Ces dix dernières années, la population urbaine est passée de 395 à 600 millions d’habitants. Chaque année, il y a 20 millions de citadins nouveaux. Chaque année, par conséquent, la Chine a dû construire de nouveaux espaces urbains pour une population égale à la somme des habitants de New York, Londres, Bruxelles, Paris et Amsterdam. Au cours des vingt années à venir, 200 autres millions de personnes quitteront encore les campagnes pour les villes. Les autorités chinoises recherchent donc assidûment de nouvelles méthodes afin de maintenir au plus bas niveau possible la pression sur l’environnement et la réduire également dans les villes existantes. Elle espère qu’elle apprendra beaucoup de la construction de l’éco-ville de Tianjin, de même que des autres projets et expérimentations en d’autres endroits de la Chine.
Pas moins de dix-huit normes et critères ont été fixés auxquels Eco-Tianjin va devoir satisfaire. La ville respectera la biodiversité déjà existante. Des ingénieurs travaillent à des systèmes dans lesquels l’eau de pluie, l’eau obtenue par désalinisation de l’eau de mer ou par épuration des eaux usées compteront pour la moitié dans la consommation d’eau de la ville. Au moins 90 pour cent des déplacements des habitants seront « verts » : ils se feront à pied, à vélo ou à l’aide des transports publics. La base de ces derniers sera constituée de tramways et de trains légers, complétés par un large réseau d’autobus électriques aux passages fréquents. Les infrastructures des organisations sociales et culturelles et les centres de délassement se trouveront dans les quartiers d’habitations ou à proximité immédiate. Chaque quartier d’habitations aura son centre commercial. Hôpitaux, universités et écoles seront construits en ville. La moitié des habitants travailleront dans la ville même de sorte qu’ils n’auront que peu de déplacements à effectuer. Au moins 15 pour cent de l’énergie sera éolienne ou solaire.
Le rejet des gaz de serre sera réduit de moitié
Eco-Tianjin limitera au maximum le rejet de carbone, mais la ville ne sera pas une ville sans carbone pour autant. Par contre, Rizhao, une ville de 3 millions d’habitants dans la province de Shandong, à mi-chemin entre Beijing et Shanghai, est fortement en passe de le devenir. Quatre villes sont en tête dans la poursuite de cet objectif : Rizhao, Arendal en Norvège, Vancouver au Canada et Växjö en Suède.
Presque 100 pour cent de tous les nouveaux immeubles à appartements de Rizhao sont pourvus de panneaux solaires pour chauffer l’eau. C’est également le cas pour 30 pour cent des habitations moins hautes des quartiers. L’exploitation de l’énergie solaire a débuté voici quatre ans. L’utilisation d’un chauffe-eau à l’énergie solaire revient moins cher, à Rizhao, que sa variante électrique. C’est ce qui la rend d’autant plus intéressante pour les habitants. On estime qu’en Chine, le simple fait de chauffer de l’eau dans les habitations, les appartements et les bâtiments provoque à lui seul 10 pour cent du rejet des gaz de serre.
À Rizhao, l’éclairage des rues et des parcs, de même que la signalisation routière, fonctionnent à partir de cellules solaires. La ville a fermé toutes les petites entreprises qui tiraient leur énergie du charbon. Les entreprises plus importantes qui faisaient pareil ont dû déménager, adapter leurs installations ou se raccorder à la centrale électrique de la ville. Il s’agit surtout de petits ateliers et d’usines des secteurs du ciment, du papier et de l’acier. La ville elle-même a bien une centrale électrique au charbon, mais on y utilise la technologie de grande valeur de chez Siemens qui limite au maximum les rejets polluants.
L’usine biochimique locale produit de l’acide citrique qui est utilisé dans les médicaments et les boissons rafraîchissantes. L’usine utilise des microbes afin de tirer du gaz méthane et des aliments pour bétail des déchets de patates douces, de grains et de cassave dont elle a besoin pour la production d’acide citrique. Le gaz est acheminé vers quatre générateurs d’électricité qui, de la sorte, produisent 50.000 kWh par jour. Autour de la ville, il y a une dizaine d’entreprises qui utilisent le méthane pour la production de leur électricité.
Il résulte de tout cela que la consommation d’énergie de Rizhao a diminué d’un tiers. En quatre ans, les rejets de gaz de serre ont été réduits de moitié. Li Zhaoqian, l’ancien maire de la ville, a été promu au rang de vice-gouverneur de la province de Shandong. Il a également été nommé président de la commission parlementaire qui s’occupe des problèmes environnementaux dans les villes.
De nouvelles zones vertes dans les villes
Shanghai est un autre exemple qui montre que la période du développement économique rapide et de l’urbanisation sans considération pour l’environnement est pour une grande part révolue. Chaque année, la population de Shanghai augmente d’au moins 300.000 habitants. La ville s’étend de partout. Cette année débute la construction de la nouvelle zone urbaine de Dongtan, qui s’étendra sur 86 km² dans l’île de Chongming, de l’autre côté du fleuve Yangtze. Cette partie de la ville sera composée de trois municipalités. La première partie sera déjà prête en 2010. Dix mille personnes y habiteront. Dongtan doit devenir une partie écologique de la ville. Les pouvoirs publics sont allés visiter Rizhao afin de voir comment on y travaille. Dongtan va devoir se surpasser pour isoler habitations et bâtiments, consommer très peu d’électricité dans l’économie, l’administration et l’habitat, recycler tout ce qui peut l’être, tirer parti de l’énergie solaire et éolienne ainsi que de celle de la biomasse.
Dans le district de Jiang’an, situé au centre de la ville de Yuhan, un projet similaire est en train de voir le jour.
Cet article a été rédigé par Peter Franssen, rédacteur de www.infochina.be, le 5 septembre 2008. Il s’appuie sur des articles provenant des publications Ecos Magazine, Science Alert, Scientific America, New Scientist et China Daily.