Un important journal de Hongkong écrit que la crise provoque un glissement des rapports de forces financiers internationaux. La force et l’influence des États-Unis et de l’Europe occidentale diminuent relativement. En outre, pour sortir de l’impasse, les États-Unis ont besoin de la Chine et des autres pays possédant d’importantes réserves de devises. La Chine veut bien apporter son aide mais celle-ci aura un prix, explique l’auteur de l’article. Et ce prix n’aura rien d’une bouchée de pain, s’avère-t-il.
Zhao Lingbin écrit dans le journal Ta Kung Pao du 1er octobre 2008 :
« Les ondes de choc de la crise financière américaine se propagent dans le monde entier. Le système financier de la Chine n’est pas à l’abri lui non plus. Les investissements américains en Chine perdent de leur valeur et les institutions américaines transforment leurs avoirs en Chine en cash afin de se couvrir elles-mêmes. La crise constitue donc un important problème, mais moins grand toutefois pour la Chine que pour l’Europe et le Japon. Par ailleurs, il est évident que cette crise présente des opportunités financières pour la Chine.
Certaines personnes insistent que nous profitons de l’occasion pour faire nos emplettes, tout comme le Japon a tiré parti des problèmes de Lehman Brothers pour en vendre certaines parties à des prix ridiculement bas. Mais cette pratique n’est pas sans danger. La situation financière et économique aux États-Unis grouille de risques, le plus grave doit encore venir et, pour cette raison, ce n’est vraiment pas le moment d’aller pêcher des poissons au fond de l’étang. Il n’est absolument pas certain que les 700 milliards de dollars du plan de sauvetage seront efficaces. Autre chose encore : le système financier mondial va connaître toute une restructuration, la réglementation va être adaptée, les modèles de marché seront modifiés. Avant que la poussière de ces énormes changements se dépose, il n’est pas certain du tout que nous serons déjà en vue des derniers soubresauts de la crise. »
Le glissement du pouvoir financier international
« N’empêche qu’il y a un certain nombre d’opportunités stratégiques. La première est le glissement du pouvoir financier international. Le Daily Mail britannique publiait le 12 septembre un article sur la crise disant ceci : La crise financière signifie que les pays développés – dont les États-Unis sont le leader incontesté – ont perdu le contrôle de l’économie mondiale et de l’avenir de cette-ci ; et que le pouvoir va se déplacer vers la Chine. L’article dit en outre que les pays comme les États-Unis et la Grande-Bretagne sont asservis par le crédit et qu’après cette accumulation de montagnes de crédits, le pouvoir glisse du côté des créanciers. L’article est intitulé : « La semaine où la Chine a commencé à diriger le monde. » C’est bien sûr exagéré, mais le rôle croissant de la Chine ne fait toutefois aucun doute.
À l’heure où l’Europe et les États-Unis ont vilainement besoin de capitaux, les réserves en devises étrangères de la Chine, qui s’élèvent à 1800 milliards de dollars, sont d’une très grande valeur. En sus de cette somme, la Chine possède encore les importants capitaux de son propre système bancaire et les importantes sommes d’argent qu’ont épargnées les particuliers. Là où la Chine va drainer tout ce capital aura un énorme impact. Rien que les 700 milliards de dollars du plan Paulson signifient que les États-Unis doivent distribuer à grande échelle des certificats du trésor qui, avec la collaboration de la Chine, peuvent devenir un succès.
Ces dernières années, les relations internationales ont déjà subi des changements considérables. L’un des phénomènes les plus importants n’est autre que l’ascension de pays au développement rapide, dans le même temps que les pays développés, tels les pays européens et les États-Unis, connaissent une relative régression. La crise aux États-Unis va encore renforcer cette évolution et le processus d’ascension et de relative régression ira encore en accélérant. Comment la Chine peut-elle réagir à cela et en tirer parti ?
Primo. Nous devons demander à l’Union européenne et aux États-Unis une plus grande ouverture pour les investissements en provenance des pays qui montent.
Secundo. Nous avons besoin de garanties pour l’investissement en bons du trésor. Les prochains jours ou semaines, les États-Unis émettront des bons de trésor en guise de bouées de sauvetage. Si nous en achetons, nous ne pourrons plus nous contenter de la seule réputation des États-Unis : nous aurons besoin de propriétés américaines comme couverture.
Tertio. Nous devons essayer d’accroître le poids de notre éloquence dans les questions financières internationales. Nous ne devons pas seulement avoir plus d’autorité au sein d’organisations internationales comme le FMI, mais nous devons également mettre sur pied, avec les autres pays qui montent, de nouvelles organisations qui disposent de fonds d’exportation. Ces organisations auront aussi pour but de faire concorder nos points de vue respectifs et d’accroître notre collaboration. La Chine est le leader des nations montantes. Dans toutes ces questions, nous pouvons jouer un rôle prépondérant et stimulant. »
La fin du modèle anglo-saxon
« Une autre opportunité importante réside dans l’internationalisation de notre monnaie, le renminbi. Le statut international du dollar américain va baisser. Cela offre des opportunités aux autres devises, comme le renminbi, d’entrer dans le champ des flux monétaires internationaux. Il sera difficile de faire du renminbi une monnaie internationale d’échange car le renminbi ne peut pas être échangé tout à fait librement. Mais nous pouvons néanmoins saisir cette opportunité afin d’assumer certaines fonctions internationales dans des domaines comme le commerce international, la coordination des investissements et la collaboration régionale.
De ces grandes réformes qui seront appliquées au sein du système financier international, il résultera encore une autre opportunité importante : la multiplication du contrôle financier et le début de l’ère de la re-régulation. Pas mal de règles financières seront revues. La politique du laisser-faire sera remplacée par un contrôle plus étroit. L’époque du modèle anglo-saxon tire à sa fin et le système financier des pays européens et des États-Unis va s’affaiblir. La réforme financière en Chine est une copie du système financier américain. Après ce combat, certaines personnes se seront éveillées : nous devons mettre notre système financier sur pied d’une façon plus indépendante. »
L’article ci-dessus est une traduction de : « La crise offre des opportunités au secteur financier chinois » (en chinois), dans Ta Kung Pao (on-line), 1er octobre 2008. Ta Kung Pao est édité à Hongkong et est indépendant. La rédaction est favorable au gouvernement de Beijing et elle entretient de bonnes relations avec les hautes instances du Parti communiste. Dans le passé, il y a généralement eu d’importantes concordances entre les points de vue du gouvernement chinois et ceux de Ta Kung Pao.