La Chine met Obama en garde contre les risques de son plan

Le quotidien du Parti communiste chinois met en garde les États-Unis contre les conséquences négatives du plan de relance que le président Obama vient de signer tout récemment. Avec ce plan, la Chine court trois risques, écrit Le Quotidien du Peuple.

Le plan de relance américain, de 787 milliards de dollars, veut créer de 3 à 4 millions d’emplois via des investissements et des réductions d’impôts. Très bien, écrit Le Quotidien du Peuple, mais une chose n’est pas claire: d’où va-t-il falloir sortir ces 787 milliards de dollars ? Ce qui est très clair, par contre, c’est que ce gigantesque montant va propulser à de nouvelles hauteurs records le déficit budgétaire et la dette des États-Unis. Y sont liés des risques représentant un danger, non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour l’étranger, et certainement pour la Chine également.

Primo, écrit le journal, le risque est grand de voir le dollar américain perdre de sa valeur et, de ce fait, une nouvelle phase de la crise financière se rapproche dangereusement. Il semble que le gouvernement américain soit forcé de faire tourner sa planche à billets à pleins tours, s’il veut pouvoir mettre la main sur 787 milliards de dollars. Pour les pays qui ont leurs réserves étrangères en dollars, cela n’a rien d’une bonne affaire car, du fait de la baisse de valeur du dollar, la valeur de leurs réserves étrangères baissera elle aussi.

Secundo, le risque s’accroît de voir surgir une nouvelle vague d’inflation. Si les États-Unis se mettent à emprunter outre mesure et s’ils impriment de nouveaux dollars, cela déclenchera un flux d’argent plus important qui aboutira peut-être à une inflation. Les hausses de prix aux États-Unis déboucheront presque à coup sûr sur une inflation à l’échelle planétaire.

Tertio, il est devenu manifeste, ces dernières semaines, que le risque de protectionnisme augmente aux États-Unis. S’il est vrai que le président Obama a plaidé contre le protectionnisme et en faveur de l’ouverture des marchés, on peut toutefois lire entre les lignes du plan de relance américain qu’avec ces 787 milliards de dollars, l’intention est surtout de promouvoir les marchandises made in the USA. Cela débouchera inévitablement sur des guerres commerciales qui ne feront aucun bien à la relance de l’économie mondiale et qui nuiront à tous les pays.

La Chine est le plus gros créancier étranger des États-Unis et, de ce fait, les trois risques sont extrêmement importants pour nous, écrit encore le quotidien du parti. La Chine veillera à ce que le return de nos devises étrangères reste fort et stable. La Chine s’opposera à toutes les formes de protectionnisme mais prendra également toutes les mesures pratiques et efficaces pour contrer au mieux la perte de valeur de ses réserves étrangères. Si la Chine juge nécessaire à l’avenir d’acheter de nouveaux certificats de trésorerie américains, notre pays exigera dans ce cas des prix plus élevés et une garantie plus forte. Elle peut également autoriser d’autres pays qui ont un déficit commercial avec la Chine à produire des obligations dans la monnaie chinoise, le renminbi, et non plus en dollars. De la sorte, ces obligations ne souffriront pas de la dévaluation du dollar. Ces pays pourront ensuite acquérir des réserves en devises étrangères en convertissant leurs dettes en renminbi. D’ici quelques années, la Chine aura transformé plus de la moitié de ses réserves étrangères en dollars en obligations d’autres nations libellées cette fois en renminbi.

Oui, nous le pouvons ! 

Le journal ne le dit pas mais, si ce scénario est appliqué, ce sera une mauvaise affaire, tant pour la Chine que pour les États-Unis et, partant, pour l’ensemble de l’économie mondiale aussi.

La Chine détient pour 700 milliards de dollars de certificats de trésorerie américains. Chaque pour cent que perd le dollar en valeur se traduit également par une baisse de valeur pour les réserves étrangères de la Chine. Le pays a besoin de ces réserves pour financer ses importations de minerais et de pétrole, pour stimuler sa demande domestique, accroître plus rapidement et davantage le niveau de vie de sa population et, de la sorte, restaurer la croissance, dont le rythme a baissé. Toutefois, désormais, la Chine court le risque de devoir payer une part importante de la crise aux États-Unis. Mais on peut difficilement s’attendre à ce que le pays réagisse avec résignation.

Par ailleurs, le durcissement des relations entre les deux pays va également toucher très durement les États-Unis. Chaque jour, ces derniers ont besoin de 3 milliards de dollars de l’étranger pour financer leur balance commerciale et des paiements. La Chine ici fournit la plus grosse contribution. Si l’aide chinoise s’en va, le dollar va finir par s’effondrer et nul ne sait, dans ce cas, si l’économie américaine pourra un jour sortir de cette crise.

Tout ceci pourrait être évité si le président Obama, sous la devise du « changement » et du « oui, nous le pouvons », imposait les millionnaires et milliardaires américains de telle façon que les pouvoirs publics ne devraient pas emprunter de l’argent ni faire tourner la planche à billets pour financer le plan de relance.

L’article ci-dessus a été rédigé par Peter Franssen, rédacteur de www.infochina.be, le 19 février 2009.

Sources: « US bailout plan: Where will the money come from? » (Le plan de relance américain : D'où va venir l'argent), People's Daily (Le Quotidien du Peuple), 19 février 2009; et : "US-China tensions rise amid financial chaos: experts" (Les tensions américano-chinoises s'accroissent au beau milieu du chaos financier, prétendent des experts), AFP, 19 février 2009.