Le magnat mexicain Carlos Slim, l’un des hommes les plus riches de la planète, dit que « la Chine doit diriger les efforts visant à sauver les États-Unis de la crise financière. La Chine est le pays le plus important au monde, pour résoudre la crise. Elle possède d’énormes liquidités et de nombreux excédents sur les comptes courants. »
Le multimilliardaire a également dit, cela va de soi, que les marchés « ont besoin de meilleures règles ».
Les Chinois voient les choses un tantinet différemment. Ils insistent sur deux points :
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Du fait que l’Occident s’enlise progressivement dans une récession, la politique économique de la Chine doit être centrée sur une stimulation encore plus grande de la consommation interne afin de compenser les commandes de l’étranger qui dimuneront. La consommation interne et les investissements des Chinois eux-mêmes sont les deux principaux moteurs de l’économie chinoise, mais le commerce extérieur joue également un rôle très important. Maintenant qu’il diminue, les deux autres moteurs doivent être plus forts encore. Durant le premier semestre de 2008, la consommation interne a augmenté de 13 pour cent, après déduction de l’inflation – le chiffre brut était 21 pour cent. L’an dernier déjà, il avait été décidé de faire de la hausse de la consommation interne une priorité, la priorité venant directement après la stimulation du développement rural.
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Le second point mentionné en Chine est le suivant : Il faut en finir avec cette époque de dépendance du monde vis-à-vis du dollar. Tout d’abord, c’est bien trop dangereux sur le plan économique, parce que, dans ce cas, les autres pays sont tributaires des fluctuations du dollar sans avoir la moindre emprise sur cet état de chose. Secundo, ce n’est pas équitable non plus. Les activités chinoises sur les fronts économiques et financiers régionaux et la croissance constante de ces fronts ont, ramené le géant financier qu’était le FMI à la taille d’un nabot. La même chose est vraie pour la Banque mondiale. Les deux instances, piliers de l’hégémonie américaine depuis les accords de Bretton Woods en 1944, ne jouent déjà plus en ce moment qu’un rôle mineur dans les flux financiers internationaux. La crise d’aujourd’hui imprime à ce processus une accélération de plus en plus forte. Naturellement, la Chine ne va pas jeter le dollar par-dessus bord du jour au lendemain, mais le rapport de forces entre les États-Unis et la Chine et entre les États-Unis et le Sud a néanmoins beaucoup changé, et à l’avantage de la Chine et du Sud.
En ce qui concerne le sauvetage du système financier de l’Occident : jusqu’au moment – le dernier week-end de septembre – de l’injection par la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg de 11,2 milliards d’euros dans Fortis, le plus gros actionnaire de cette même Fortis était Ping An, une compagnie d’assurances chinoise. Elle détenait 5 pour cent des parts. Au lendemain de la nouvelle injection, Ping An a décidé de ne pas respecter les accords existants, telle la reprise de la branche « gestion des biens » de Fortis. Pour la reprise de la gestion des biens, Fortis aurait aimé recevoir au moins 2 milliards de dollar de Ping An. Dommage pour Fortis, mais cette transaction ne se fera pas. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Dans ce cas : les intérêts chinois passent avant ceux de l’économie et des affaires de l’Occident. Quant à savoir comment cela va se traduire dans la pratique, on n’y est pas encore. Mais vu l’engagement de la Chine dans le Sud et le fait que, dans cette relation, tant la Chine que le Sud sont gagnants, l’espoir que nourrit Carlos Slim de voir la Chine sauver Wall Street a tout d’un vœu pieux.
Le monde critique les États-Unis
Entre-temps, dans pas mal de pays, des voix s’élèvent pour imputer directement ou indirectement la responsabilité de la crise financière au « capitalisme de casino » des États-Unis. Des gens comme Hugo Chávez ne mâchent pas leur mots, mais d’autres encore s’expriment, de la part de qui on ne l'aurait pas attendu.
Le président du Costa Rica, Oscar Arias : « Les managers des grandes entreprises des États-Unis ont pris d’énormes risques en se laissant mener par la soif du profit. Ce qui se passe aux États-Unis va toucher le monde entier et, en tout premier lieu, les pays plus petits comme le nôtre. »
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva : « Ils (les dirigeants politiques et économiques des États-Unis) nous ont dit durant trois décennies que nous devions faire ce qui devait être fait. Mais eux-mêmes n’ont pas fait ce qu’ils devaient faire. C’est pourquoi il me semble absolument injuste que ceux qui, au 20e siècle, ont tant souffert de la faim et qui, au 21e, ont enfin assisté à une amélioration de leur sort, doivent à nouveau souffrir aujourd’hui par la faute du système financier international. »
Le président vénézuélien Hugo Chávez : « La faute de la crise incombe à l’impérialisme, aux États-Unis et à l’attitude irresponsable du gouvernement des États-Unis. De cette crise doit surgir un nouveau monde, un monde multipolaire. »
Le président colombien Alvaro Uribe déclare que les États-Unis, « la plus forte nation au monde, a placé ses œufs dans le même panier, celui d’un système financier caractérisé par une spéculation incontrôlée, ce qui équivaut à vouloir chevaucher un cheval sauvage sans selle. » Il a également déclaré : « Le monde entier a financé les États-Unis et je pense qu’aujourd’hui, les États-Unis sont très endettés vis-à-vis du monde entier. »
Après que le Congrès américain a rejeter le plan de sauvetage financier du ministre Paulson, les critiques se sont multipliées, et même en Europe occidentale. Le chancelier allemand Angela Merkel a invité les États-Unis à approuver tout un paquet d’aides : « C’est la condition pour rétablir la confiance dans le marché. » Au nom des 27 États membres de l’Union européenne, le porte-parole Johannes Laitenberger a expliqué, dans une déclaration très inhabituelle : « Les États-Unis doivent prendre leurs responsabilités. Ils doivent montrer des qualités de chef d’État, dans l’intérêt de leur propre pays et dans l’intérêt du monde entier. »
En privé et en public, il est également fait référence à la Chine et à son importance croissante dans les relations mondiales. Lundi 29 septembre, en Algérie, un grand cartoon s’étalait à la une du journal El Watan. On y voit l’oncle Sam agenouillé en prière devant un portrait de Mao Zedong et la légende dit : « Sauvez nous ! »
Sources : Alan Clendennings, « US 'casino' mentality blamed for planet's meltdown » (La mentalité de 'casino' des USA blâmée pour l’effondrement de la planète), Associated Press, 30 septembre 2008 ; et : « Mexican billionaire says China should lead crisis rescue » (Un magnat mexicain déclare que la Chine devrait diriger le sauvetage de la crise ), AFP, 30 septembre 2008.